Père Maurice Hounmenou : « La danse n’appartient pas au rituel catholique »

« Peut-on danser à la messe ? » La question est posée par le père Maurice Hounmenou (1), prêtre du diocèse de Cotonou au Bénin, spécialiste en liturgie pastorale, dans un livre publié le 3 novembre.

Ce titre étonne alors que dans la plupart des pays africains, la danse de prêtres et de laïcs lors de célébrations eucharistiques est devenue banale. L’auteur s’explique pour La Croix Africa.

La Croix Africa : Quelle est la place de la danse dans le culte catholique ?

Père Maurice Hounmenou : D’entrée de jeu, il importe de faire remarquer que la danse n’appartient pas au rituel catholique. Aucun rituel chrétien ne connaît la danse. Les recherches de la théologienne Renée Foatelli et celles du cardinal Ratzinger (Benoît XVI), l’attestent d’ailleurs. La danse est plutôt l’une des formes d’expression du sacré de certains rituels traditionnels. La question qui se pose alors est de savoir si la danse comme moyen de communication avec les entités supra-naturelles peut entrer dans l’univers chrétien. La réponse est naturellement oui, mais par le biais de la dévotion populaire qui est l’humus sans lequel la foi ne peut prospérer.

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La danse religieuse devrait intégrer le génie culturel de nos peuples, non pas dans la célébration eucharistique mais dans les cérémonies para-liturgiques convoquées par la piété populaire. J’estime, avec l’Église, qu’il y a trois formes de danse qui sont incompatibles avec la liturgie chrétienne : la danse de défoulement ou d’agitation, la danse-spectacle ou d’exhibition et la danse de pure distraction ou d’improvisation.

On ne devrait donc pas danser lors de célébrations eucharistiques ?

P. M.H : Le rite zaïrois approuvé par le Saint-Siège en 1988 et la liturgie éthiopienne nous font remarquer qu’il y a une forme de danse bien appropriée à l’esprit et à la dignité de la liturgie chrétienne : la danse en procession cadencée et rythmée. On peut dire que c’est une danse catéchisée et catéchétique qui laisse transparaître, à travers sa symbolique gestuelle, une certaine homogénéité cultuelle et une forme d’esthétisation rituelle. En conséquence, aussi bien les laïcs que les prêtres peuvent faire de nos processions liturgiques les lieux d’interprétation du mystère de Dieu par la danse.

En dehors de cela, nous voyons mal comment la danse religieuse peut s’harmoniser facilement avec la messe sans détourner momentanément celle-ci du Christ qui est la clé d’interprétation de l’action liturgique. De plus, les expériences paroissiales révèlent que les risques de contamination de la messe avec la mode ambiante existent toujours et ne sauvegardent pas toujours la frontière entre le sacré et le profane.

Le prêtre peut-il danser en vêtements liturgiques ?

P. M.H : La danse du prêtre au cours de la messe ne repose sur aucun fondement : ni biblique, ni patristique, ni théologique, ni liturgique. On évoque souvent la danse de David pour justifier la danse de prêtre à la messe. Cette rengaine traduit une vision tronquée et surannée de la pensée biblique puisqu’elle est une réduction caricaturale de la réalité de l’Ancien Testament.

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Les vêtements liturgiques ne sont pas des ornements qui peuvent se déplacer du chœur et se confondre dans une foule en liesse. Ils appartiennent à l’action liturgique. Signes qui renseignent sur la dignité de la célébration, les vêtements liturgiques rappellent au prêtre qu’il doit s’effacer devant le mystère qu’il célèbre.

Je voudrais rappeler aux prêtres ces mots contenus dans l’Exhortation apostolique post-synodale Sacramentum Caritatis : « Il est donc nécessaire que les prêtres aient conscience que, dans tout leur ministère, ils ne doivent jamais se mettre au premier plan, eux-mêmes ou leurs opinions, mais Jésus-Christ. Toute tentative de se poser soi-même comme protagoniste de l’action liturgique contredit l’identité sacerdotale. »

Recueilli par Lucie Sarr
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